En Biocentrie

Résister

WikiLeaks founder Julian Assange is seen in a police van, after he was arrested by British police, in London, Britain April 11, 2019. REUTERS/Henry Nicholls

Cet article fait partie d’une série, en cours d’écriture, qui vise à interroger notre rapport individuel et collectif à un système dont nous ne voulons pas. Système capitaliste, patriarcal, dont la folie consumériste est responsable de la destruction du vivant. Ici, il est question en particulier d’enfermement dans les espaces numérique et physique, et des moyens d’y résister.

Aujourd’hui, les prédictions concernant notre futur abondent sur le thème « La fin du monde approche », autrement connues et regroupées sous l’appellation de «collapsologie ».

La question se pose des catastrophes à venir, des formes qu’elles prendront et de comment nous serons en mesure d’y faire face. L’avenir nous inquiète, l’incertitude nous pèse car elle est teintée d’un manque d’espoir.

Nous sommes cependant certains d’une chose : le système économique et politique actuel n’est pas durable.
Il n’est pas durable parce que nous produisons bien plus que ce que le vivant peut soutenir. Pas durable parce que la confiance envers les politiciens et les médias s’érode chaque jour davantage en occident. Pas durable parce que les inégalités se creusent, que le niveau de vie baisse continuellement et que la colère des peuples augmente, creusant un écart dangereux entre ceux d’en haut et ceux d’en bas.

Notre espoir réside dans les nécessaires transformations qui se préparent.
Rien n’est figé ! Chaque jour nous pouvons contribuer à imaginer, sentir et bâtir demain. Il y aura certainement des soubresauts, des failles, peut être pourrons-nous alors nous y engouffrer pour Vivre nos rêves.

Je suis partisane d’une approche systémique et collective du changement. Je lève les yeux au ciel quand on me dit que tout changement commence par soi, que nous créons à chaque instant notre réalité. C’est pour moi mépriser la puissance du système et accorder trop de force à nos frêles individualités. C’est aussi une échappatoire à toute question politique. C’est enfin un instrument d’oppression qui consiste à renvoyer systématiquement celui qui souffre à lui-même et à son entière responsabilité supposée.

Cependant, plus j’avance sur la brèche des bifurcations nécessaires, plus que je me rends compte que le système que je souhaite dénoncer, combattre et changer, vit en moi. Résolument. Il vit en moi quand je crève d’envie de gagner au jeu de société, pour être la première et avoir une récompense. Il vit en moi quand je surveille ma page Facebook pour savoir combien de « j’aime » me rapporte ma dernière publication. Il s’exprime à travers moi quand je me juge à l’aune de ses critères : « je devrais avoir un travail, être mariée… à mon âge… ». Il s’exprime quand je passe devant des magasins et que me prend une envie soudaine d’acheter.

Il n’y a pas à choisir entre développement personnel et collectif. C’est l’un ET l’autre qui sont nécessaires, pourvu qu’ils partagent la même base qui est l’affectivité, c’est-à-dire la qualité des liens que nous entretenons avec nous-même, avec les autres, avec le monde, critère absolu. Depuis les cellules jusqu’à nos organes en passant par nos organisations collectives, nous sommes entièrement constitués de liens. La séparation est une illusion renforcée par le système capitaliste… dont je suis issue ! C’est pourquoi je porte en moi cette idéologie.
Je suis aliénée.

Que faire de cette part aliénée de moi ?

D’une part, il est nécessaire de la rendre consciente, visible, pour mieux l’apprivoiser. En effet, je ne suis pas favorable à une ablation pure et simple. Je la juge impossible à réaliser de façon saine : ce n’est pas parce que j’ai un bras cassé qu’il faut le couper ! Cette partie-là est aussi celle qui me permet de comprendre profondément, viscéralement, le système dans lequel j’évolue. Elle peut être, dans ces conditions, une force !

J’ai décidé de procéder par touches, par expérimentations, pour m’essayer à de nouvelles manières d’agir qui soient plus en accord avec mes aspirations : faire partie du vivant et en prendre soin. J’aspire par ces actes extérieurs à agir sur la structure interne qui me fait participer au système.

Je me représente les petits actes que j’essaye de mettre en place quotidiennement comme des actes de résistances.
En voici quelques-uns, regroupé en catégories :

1.      Mon lien à la technologie

La technologie est partout, dans ma poche, tout autour de moi. Je communique, travaille, organise mon existence, m’informe, m’exprime à travers elle. Je vois que parfois cette technologie me donne plus de puissance, et que parfois elle m’avilit. Mon enquête porte sur mon rapport à ces technologies et sur les manières d’adapter mes usages à mon propre bénéfice. Deux aspects m’invitent à repenser ces usages, l’aspect politique et l’aspect intime :

·        L’aspect politique : les nouvelles technologies actuelles sont extrêmement polluantes, produites dans des conditions souvent déplorables en particulier pour les droits de l’enfance, pilotées par les GAFA, des entreprises privées au fonctionnement opaque qui pèsent de tout leur poids sur les Etats et les peuples. Nos données personnelles sont revendues. Les outils qu’on nous propose, les applications mobiles et une majorité de sites internet sont pensés pour générer du profit en captant notre attention et notre participation bénévole. Les lanceurs d’alerte, qui entendent se servir des réseaux au service de la transparence, sont pourchassés, emprisonnés et torturés sans que nous n’y puissions rien. Confère la situation dramatique d’un Julian Assange. Après 7 années de confinement dans l’ambassade de l’équateur à Londres, le lanceur d’alerte est désormais enfermé dans une prison de haute sécurité britannique, totalement isolé, et encourt une extradition vers les Etats-Unis où il risque sans 175 ans de prison ferme.

·        L’aspect intime : « L’économie de l’attention ne nous affecte pas, elle nous infecte. Elle encrasse ces filtres subtils sans lesquels il n’est pas de discrimination saine entre les liens qui libèrent et ceux qui aliènent » nous dit Alain Damasio, auteur de science-fiction. Oui, je me sens infectée. Quand je suis forcée, par mon addiction, d’être à tout instant disponible, que je ne suis plus en capacité de différer la lecture d’un courriel ou l’écoute d’un message vocal. Quand je guette constamment mon téléphone. Quand je zone sur les réseaux sociaux, quand je surfe d’une page à l’autre de façon totalement décousue. Quand je ne supporte plus un silence, un instant de vacuité et que je m’efforce de remplir ces interstices par l’écran. Un écran qui fait l’interface entre moi et le monde, coupant par-là de mon rapport direct à ce dernier. Je veux retrouver des espaces de silence, d’indisponibilité salutaire, de solitude nécessaire à ma créativité.

Mes résolutions pour instaurer un rapport plus sain à la technologie :

ð  Utiliser un téléphone dé-googlisé, qui ne prend pas ma géolocalisation et n’envoie pas mes données personnelles aux quatre vents. A terme, renoncer au smartphone !

ð  Désactiver les notifications et autres sollicitations automatiques pour préserver ma tranquillité.

ð  Renoncer aux applications qui pompent du temps et des données au service de grandes entreprises : Whatsapp (le plus difficile !), Instagram, Facebook…

ð  Acquérir des machines pour compartimenter les usages technologiques : GPS pour la voiture et radio réveil, par exemple.

ð  Concentrer les modes de communication et d’échange sur l’ordinateur, de façon à créer des plages de disponibilités qui supposent d’allumer le PC et de m’installer dans pour un temps défini.

ð  Bannir le téléphone de la chambre pendant le temps de sommeil, attendre plusieurs minutes après le lever pour consulter les messages et notifications.

Quoi qu’il en soit, je constate que cette intériorisation du système a lieu aussi dans la manière dont j’investis l’espace. Ainsi, je constate que je passe une immense partie de mes journées sur des écrans, que mon action dans le monde est d’abord virtuelle. Je suis nomade et ultra-connectée. Par voie de conséquence, j’ai un lien ténu avec mon environnement. Le GPS m’emmène d’un endroit à l’autre, je me visualise moins dans l’espace, je ne me sens plus appartenir. Aujourd’hui, je souffre dans les villes, quand je vois les S.D.F, le bitume, la foule dans le métro. J’ai récemment eu des accès de claustrophobie. Une lecture récente a ouvert mon esprit sur la possibilité de se réapproprier les espaces en les investissant différemment.

ð  Utiliser au plus des applications et de services Open Source, ou alors payer pour les logiciels au lieu d’utiliser des plateformes faussement gratuites. Car si c’est gratuit, c’est moi le produit !

2. Mon rapport à l’espace

Mon propos se rapproche des considérations sur la société de contrôle émises par Foucault (contrôle des corps par les espaces d’enfermement) et Deleuze (contrôle les uns par les autres au moyen de la technologie). Vive la philosophie politique qui nous éclaire sur notre monde et ses devenirs ! J’y reviendrai dans un autre article…

Mes résolutions pour un rapport à l’espace plus vivant et relié :

ð  Quitter la banlieue parisienne dans les mois qui viennent pour vivre en collectif et en nature, proche d’une grande ville tout de même.

ð  Emprunter au plus les escaliers du métro et non les escalators, les escaliers plutôt que l’ascenseur. Prendre quand c’est possible le vélo au lieu de la voiture. Partir en balade tous les jours.

ð  Regarder une carte générales des lieux où je me rends et pas seulement le guidage GPS.

ð  Dans mon prochain lieu d’habitation, je veux me considérer comme faisant partie du territoire et m’y investir.

ð  M’autoriser chez moi, dans la rue et chez les autres à chanter, danser, courir, sauter… M’autoriser à ce qui sort de l’ordinaire

ð  Laisser mon casque audio et Spotify quand je pars courir dans la forêt pour être à l’écoute du crissement des feuilles, du bruit du vent, du silence.

3. …et le reste

Les pistes ne manquent pas et les domaines d’application sont infinis : alimentation, consommation, relations aux autres… Voici encore quelques pistes qui me sont venues :

ð  Boycotter les fêtes commerciales de façon créative : pas forcément nous priver mais inventer de nouvelles manières de célébrer, ou retrouver les anciennes. Ainsi on peut faire un calendrier de l’avent créatif et participatif avec des temps de partage autour de petits présents.

ð  Développer mes capacités de lien, de rencontre, de projet commun. Il existe aujourd’hui nombre d’outils comme la sociocratie, la C.N.V, la Biodanza… pour recréer du partage et de la communauté.

ð  Me réapproprier la créativité qui est aujourd’hui privatisée par l’industrie du divertissement. A moi de composer, écrire, photographier, filmer, enregistrer.

ð  Consommer différemment : je ne m’étends pas car la littérature est très abondante sur le sujet. De plus, c’est un point difficile à modifier pour moi, même si une période de végétarisme m’a appris que j’en suis capable.

Voici quelques intentions que je vous livre en cette fin d’hiver. Certaines sont déjà en cours d’application, je me prépare à d’autres comme on s’apprête à sauter d’un plongeoir. Le sens de cette démarche est de libérer une forme de créativité et de capacité de lien que je sais enfermée dans mon conditionnement. Evidemment, cela ne compte que si c’est partagé au plus grand nombre possible. Cherchons ensemble ! Libérons nos intelligences et exerçons notre volonté à bâtir demain.

Et vous ? 🙂
Envoyez-moi vos moyens de résistances sur mon adresse louisebio@posteo.net

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