En Biodanza

Orphée et les 7 pouvoirs

Orphée, fils du roi de Thrace et de la muse Calliope, épouse Eurydice.

L’Hymen est présent à la noce mais ne prononce pas les mots sacrés, son visage est grave, nous écrit Ovide dans les Métamorphoses.

Et pour cause ! Peu de temps après, Eurydice meurt mordue par une vipère.

Orphée se rend alors aux enfers. Il possède un pouvoir musical extraordinaire. L’inventeur de la Cithare fait tomber le Cerbère dans un sommeil profond et trouve Hadès et Perséphone. Il les implore, et les notes de musiques associées à sa voix claire et profonde atteignent le cœur des puissants.

« Tantale cesse de poursuivre l’onde qui le fuit. Ixio s’arrête sur sa roue. Les vautours ne rongent plus les entrailles de Tityos. L’urne échappe aux mains des filles de Bélus, et toi, Sisyphe, tu t’assieds sur ta roche fatale. »[1]   

Ils lui restituent Eurydice, à la seule condition qu’au sortir des Enfers, Orphée jamais ne se retourne dans sa direction.

Il échoue. Eurydice meurt une deuxième fois dans ses bras.

Inconsolable, Orphée s’en va à travers le monde, inonder de ses vers les forêts et les montagnes. Sur son passage, la vie frémit, la vie se réveille. Les arbres accourent, les cerfs se rassemblent, les pierres roulent à ses pieds et c’est tout le vivant qui se suspend à ses poèmes.

Orphée musicalise le monde.

La légende raconte qu’il participa avec Dionysos à la création des mystères d’Eleusis, qu’il invita les hommes et les femmes à réaliser les danses de Déméter et celles d’Apollon.

A sa mort, il retrouva Eurydice et leur amour perdure depuis, et pour l’éternité.

En Biodanza, Orphée fait partie des mythes que nous dansons, que nous actualisons.
Il incarne le pouvoir de la musique. Celui qui va mettre en mouvement nos corps et nos âmes dans un processus de transformation.

Les blessures génèrent en nous de l’arythmie, de la constriction ou encore du figement.

Dans notre vie, nous ne sommes pas tant pris par nos problèmes courants que par nos blessures profondes.

Rolando Toro disait que la première étape en Biodanza est de réveiller les morts-vivants.

La musique nous amène en premier lieu du tonus, par le mouvement. La vie circule de nouveau. Peu à peu, comme une musique, nous parvenons à une unité de sens retrouvé, unité dont émerge l’harmonie et l’éthique au sens de manière de vivre.

Dans notre quotidien nous sommes invités à cultiver la musicalité, en chantant et en dansant, en particulier quand ça ne va pas.

Au sens existentiel Orphée nous donne accès à la résolution, au point d’aboutissement de la tension mélodique, à la transformation de la dissonance en consonance.

Nous sommes marqués à vie par nos contraintes structurelles mais nous pouvons y insuffler du rythme, de la fluidité, du tonus, de l’unité de sens et de l’harmonie.   

Orphée est l’acte thérapeutique auquel nous invite le voyage musical.

« Seul celui qui porta sa lyre au plus profond des ténèbres

Peut ressentir et révéler la louange infinie.

Seul celui qui a partagé avec les morts sa fleur de pavot

Ne perdra jamais le plus léger des sons.

Même si le reflet dans l’étang souvent se cache à nos yeux

Toi, tu connais notre image.

Ce n’est que dans le royaume double

Que les voix se sont faites douces et éternelles. »

Sonnet à Orphée, de Rainer Maria Rilke.

Au mois de mars, nous avons été jeté dans une temporalité suspendue. Sommés de rester chez nous, nous avons fait face à une privation de liberté incroyable. Une forme d’enfer, pour certains d’entre nous. Un espace sans musique et sans caresse.

Or, nous le savons, « un corps qui n’est pas caressé commence à mourir »[2]. Dans cette suspension vitale et affective, nous courons le risque de flétrir de l’intérieur, de devenir sourd et aveugle à la beauté de l’existence, de développer des carences existentielles graves.

Certains d’entre nous ont la chance d’être entourés, de n’être pas à risque, d’avoir suffisamment d’espace et de capacité d’intégration pour sortir, renforcée, de la période.

« La seule manière de sortir de l’enfer c’est de le traverser [3]» Encore faut-il en avoir les moyens.

Certains proposent ce que j’appelle de la « Biodanza en Enfer ».

Par le biais de rencontres en ligne ou de rencontres physique sans contact, ils entendent accompagner depuis la prison même le voyage des morts vivants.

Très bien.

Mais en suite, comment revenir des enfers ?

Nous avons fort heureusement dans notre panier de danseur bio les ingrédients pour sortir de notre cuisine magique les remèdes dont nous avons besoin.

Nous avons les sept pouvoirs de la Biodanza.

Les sept pouvoirs sont les aspects qui confèrent au système sa cohérence et sa puissance. Les voici :

Le pouvoir de la musique

On l’a dit, le pouvoir de la musique est associé à Orphée.

Pendant la séance de Biodanza, c’est la musique qui nous entraîne et nous danse.

Notre chemin est d’être au plus résonnant, au plus sensible, avec elle. Comme dans notre vie, l’invitation est d’entrer dans une réponse à l’invitation qui nous est faite, en syntonie avec l’univers.

Le pouvoir du mouvement intégrateur

La Biodanza se veut être une réponse aux maladies civilisationnelles. Parmi ces dernières, ont trouve une vision utilitariste et dissocié du corps. Nous avons un corps, il nous sert à être productif, il faut l’entretenir…le domestiquer. La danse perd son sens originel et deviens recherche esthétique, chorégraphie.

A contrario, dans le paradigme auquel nous invite la Biodanza, nous sommes un corps. Nous cherchons, dans les différentes propositions à accroître notre capacité d’intégration. Intégration entre ce que nous pensons, ressentons et faisons. Je sens, je fais, je pense. Quand je marche, quand j’étreins, quand je danse, je le fais pleinement. C’est de cette simplicité profonde que naît la beauté.

« Plus qu’un spectacle, la danse est le mouvement intérieur qui génère les actes vitaux : l’étreinte, le bercement du bébé, les caresses et les baisers, le travail, les gestes tristes de la solitude et les gestes de rencontres. » 

Rolando Toro

Le pouvoir de la méthode vivencielle

La vivencia, concept proposé notamment par le philosophe allemand Dilthey, se caractérise selon Rolando Toro par ; « une expérience vécue avec une grande intensité par un individu, dans « l’ici et maintenant » (genèse actuelle). Elle comprend les fonctions émotionnelles, cénesthésiques et organiques. » Dans la vivencia nous sortons du temps chronologique habituel, du temps nous Chronos, pour entrer dans une autre temporalité. Ce temps-là, nommé Kairos dans la théorie de la Biodanza, est celui de la suspension. Dans cet espace nous pouvons nous ressourcer, nous réactualiser existentiellement : intégrer de nouvelles informations, explorer un espace totalement nouveau, vivre un moment structurant.

La méthodologie de la Biodanza est fondée sur cette matière phénoménologique, celle de la vie s’exprimant pleinement ici et maintenant. L’invitation à suspendre la parole sert entre autre à nous permettre d’accéder et de demeurer dans cet espace suspendue.

Le pouvoir du groupe

La Biodanza est une discipline de développement collectif. Elle se pratique uniquement en groupe, en présence physique avec ce dernier. Le groupe est l’espace de la socialisation, de la reconnaissance, de la structuration de l’identité. Parce que notre monde est malade de l’isolement et de la perte des communs, la Biodanza nous invite à récupérer et cultiver la capacité à être ensemble. Le groupe est générateur de vie, il crée un champs dans lequel nous nous reflétons. L’affectivité est le noyau intégrateur de la Biodanza, par lequel nous cultivons notre capacité à nous identifier, et augmentons par là notre amplitude existentielle.

Le pouvoir de la caresse

La proposition de la Biodanza est de développer une « esthétique anthropologique », manière de voir et d’exprimer ce qu’il y a de merveilleux en l’autre. Elle nous invite à déployer nos manières d’aimer. En tant que mammifère nous avons besoin vitalement d’être caressé et bercé pour nous développer. Par le chemin qu’elle propose, du toucher à la caresse, la Biodanza nous invite à une qualité de contact aimant, sensible et sincère. 

Le pouvoir de la Transe et de la Régression

La transe désigne une modification de l’état de conscience, le passage d’un état à l’autre. Dans nos rythmes physiologique, nous évoluons constamment – et c’est signe de bonne santé, entre différents états. Comme le jour et la nuit, le repos et le sommeil, nous alternons entre des phases d’activation et des phases dites « de régression » que l’on définit dans la théorie de la Biodanza comme le retour au primordial, le retour à la source. Dans la civilisation actuelle la vitesse et la productivité sont survalorisées, ce qui entraîne de nombreux maux. Nous explorons dans les séances de Biodanza notre capacité à voyager à travers différents états, à nous regénérer profondément avant de revenir à notre quotidien.

Le pouvoir de l’expansion de conscience

La conscience d’être vivant est une étape essentielle dans l’humanité. L’invitation de la Biodanza est d’amplifier cette conscience, d’étendre notre capacité à percevoir le monde. Dans ce rapport sensible avec ce qui existe, nous augmentons notre habileté à nous savoir connecté aux autres, à nous même, à tout ce qui nous entoure. Dans cette sensibilité accrue nous pouvons nous détacher de l’économie de l’attention dans lesquels nous maintiennent les écrans et les flux d’information, pour accéder à une qualité d’être dans laquelle la connaissance devient vivante.

Conclusion

Grâce à ces moyens d’action, la Biodanza peut nous ramener des enfers et nous donner la possibilité d’être pleinement à ce cadeau que nous avons reçu, la vie. Le principe biocentrique nous raconte que la vie, force organisatrice de l’univers, est partout, en toute chose. Nous sommes la vie au même titre que les montagnes, les étoiles, les scarabées et les passants. Ce regard sur nous-même et le monde en tant que manifestation merveilleuse du vivant c’est ce que nous nommons la qualification.

Il nous appartient, collectivement, de musicaliser nos quotidien, afin récupérer notre puissance poétique et politique. Afin d’œuvrer pour la préservation du vivant sous toutes ses formes, afin de résister à ce qui nous aliène.

Rejoignez le mouvement !

Louise Dupraz

Pour écrire ce texte, je me suis appuyée sur l’ouvrage des métamorphoses d’Ovide, les cours de Guillaume Husson à l’école de Biodanza en Bourgogne, le texte de Myrthes Gonzales traduit par Hélène Levy ainsi que celui d’Antonio Sarpe traduit par moi-même et Audrey Englebert. Merci à eux et à elles !


[1] Extrait des métamorphose d’Ovide

[2] Rolando Toro

[3] Balam Ibara

Catégories :En Biodanza

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